L’idée

Un « makerspace » couture, quelle étrange idée…

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Avant d’expliquer les raisons, le contexte, les objectifs, tenter, en gros, d’en montrer l’intérêt pour vous emmener dans le projet, peut être faut-il que nous  parlions  un peu de son origine, et du coup de celles chez qui l’idée a germé…

 

 

 

 

Il y a d’abord Fanny. La couture, ça vient de moi.

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Je ne suis pas vraiment couturière. Je suis de la génération qui n’a quasiment connu que le prêt à porter. Ma grand mère m’emmenait, petite fille, à la fin des années 70, chez la couturière pour faire des petites robes dont elle avait soigneusement choisi le tissu et la forme. Elle recousait tous les boutons des vêtements manufacturés qu’elle m’achetait car la qualité était médiocre. Je savais donc juste qu’un vêtement était coupé, assemblé, cousu. C’est tout.
Elle a bien tenté de m’apprendre à tricoter, mais ma pauvre petite, tu n’es pas manuelle avec ta main gauche… ! Je n’avais donc pas d’autre représentation du vêtement que celui qu’on va chercher dans les magasins, en taille standardisée.
Et puis j’ai grandi, grossi, de manière différenciée sans être non plus hors-norme; j’ai connu le calvaire du « rien ne me va », du « vous pouvez la faire retoucher, ça vous coutera 50 euros ». J’ai revêtu sans passion l’uniforme jean/pull pendant quelques années.
Ma conscience écologique et politique s’est progressivement matérialisée dans mon choix vestimentaire: chercher des marques alternatives, privilégiant le coton bio, les teintures naturelles, les fabrications solidaires. Mais le design et les modèles de ces marques ne correspondaient pas nécessairement, ni à ma morphologie, ni à mes nécessités professionnelles.

Et puis, un jour beau jour (le 15 janvier 2007 précisément!), je me suis retrouvée hospitalisée pour un temps assez long, dans un état de fatigue qui ne me permettait pas les occupations intellectuelles qui meublaient habituellement mon quotidien. Je me souviens de la fulgurance qui m’a traversé l’esprit: « mais pourquoi je ne sais rien faire de mes mains? »….

En rentrant de l’hôpital, j’ai acheté une machine à coudre.

Une vieille Singer plus âgée que moi.

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J’ai commencé petit: un peu de couture pour les enfants, des petites choses pour moi. J’ai écumé les sites internet, j’ai appris « seule » oui, mais pas vraiment: j’ai appris grâce à ces milliers de couturières amateures ou professionnelles qui partagent leurs savoirs, créent des tutoriels, des pas-à-pas, conseillent, investissent de leur temps pour aider les débutants…
J’ai appris à coudre en dehors de toute école, je suis devenue pour la première fois de ma vie une « autodidacte ».

Je me suis prise au jeu de la communauté du web, en y louant le formidable travail collaboratif mais en y pointant tout de même les  quelques défauts…
Parallèlement, j’ai changé de métier: je n’enseignais plus un savoir appris sur les bancs de l’université, mais je devenais « ingénieure de formation », ce qui m’a permis de réfléchir aux méthodes d’apprentissage et aux manières de transmettre un savoir.

Au début un peu cachée, mon activité de « couturière » est devenue publique y compris dans mon monde professionnel, d’abord en répondant timidement à un compliment sur la dernière robe sortie du pied de biche : « oui, c’est moi qui l’ai faite », jusqu’à l’affirmer et parfois même coudre une jupe pour une collègue…
« Pourquoi tu ne te mets pas à ton compte? » « Et tu prends des commandes? » «  Tu songes à une reconversion professionnelle? »… J’ai entendu ces phrases bien souvent, et évidemment ça fait réfléchir.
Mais… je ne suis pas sûre d’avoir suffisamment de compétences techniques (le complexe de l’autodidacte!), et je ne m’imagine pas passer dans un mode de travail mercantile, alors que j’ai toujours travaillé pour le service public.

Et puis j’ai un chouette métier. Un métier dans lequel je rencontre des gens formidables, qui pointent les évolutions sociétales et proposent, imaginent, remixent. Usages, collaboratif, partage, innovations… Un beau jour ces mots-clés finissent par rencontrer la couture: « et pourquoi tu ne créerais pas un makerspace couture? », m’a dit Pascal un beau jour de janvier….

Un « makerspace »: un lieu ouvert, espace de rencontre et de création, laboratoire communautaire où les gens viendront coudre, apprendre à coudre, coudre pour les autres; partager des techniques, inventer des modèles, quelque soit leur âge, origine sociale, profession, culture… Un lieu d’accueil, orienté sur une activité créative, mais en lien avec les associations culturelles et sociales du territoire, un espace nodal, créateur de lien…

Ensuite j’ai convaincu Clémence. Et ça tombe bien parce que Clémence, intéressée par tout, est méthodique et organisée. Et en plus on partage des valeurs, des idéaux, et une certaine appréhension du monde et de l’humanité…

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Je ne suis vraiment pas couturière, mais alors pas du tout . Je m’habille en prêt à porter et en suis bien embêtée. Quelques rondeurs sont en trop par ci, quelques rondeurs font défaut par là…Bref, le sur-mesure m’irait beaucoup mieux ! et Fanny qui me nargue chaque semaine avec ses nouvelles robes !!! « Oh bah, hier soir j’ai fait cette robe en 2 heures », me dit-elle. J’ENRAGE de tant de savoir faire et de tant de créativité. Moi aussi je veux apprendre, mais où ? quand ? et comment ?

Alors quand Fanny me parle de cette idée folle qui lui est venue un jour d’imaginer un makerspace dédié à la couture, j’ouvre grand mes oreilles. Il ne s’agit pas de cours de couture, mais d’échanges de savoirs, de partage et mixité sociale et culturelle. Alors là, j’adhère ! Faire soi-même, dans la rencontre et sans cours académique….ça fait rêver.

Mais du rêve au projet, il y a plusieurs pas. Il va falloir structurer, analyser, chercher des idées, des moyens et des partenaires, identifier ses publics, communiquer….Et là, le projet de Fanny rencontre mes compétences et mon désir profond, lointain et sans objet identifié, de créer quelque chose.

Un endroit où mes aspirations et valeurs de partage et d’utilité sociale pourraient s’exprimer. Sans compter mon appétit pour les projets en tout genre et mon énergie décuplée quand il s’agit de les accomplir.

En un quart de seconde, je dis donc à Fanny que j’adopte son idée et elle me répond qu’elle serait ravie de notre collaboration. On est donc partie pour une association mais une vraie. Une du type loi 1901 sans trop savoir où nous allons. Mais qu’importe la destination pour le moment, pourvu qu’il y ait le voyage !!

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Alors l’idée, c’est juste ça: quand une amateure de couture idéaliste rencontre  un spécialiste des tiers-lieux et une passionnée de projets, ça donne très vite « Aux fils conducteurs », ça prend corps et vie….